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Patrick FLEURION est un dessinateur « précis ». Poser un regard précis sur le monde, préciser une pensée, une idée, la précision est le maître mot de sa déclaration d’intention sur son site web. D’emblée, son art impressionne par sa virtuosité et sa poésie. Il témoigne d’un œil acéré et d’une main exercée. Ses séries proposent des ensembles d’œuvres graphiques en noir&blanc et couleur qui montrent sans démontrer, qui dévoilent sans témoigner, qui posent un regard« précis » sur le réel sans surexposer la matière du monde. Au contraire, la détermination de l’artiste à capter la lumière d’un instant dans la durée du dessin montre combien, pour lui, l’art du dessin est une invitation à la concentration et à la contemplation philosophique, au-delà du visible. Comme l’énonce clairement la citation de Jean-Auguste-Dominique Ingres, mise en exergue sur la page d’ouverture du site, « le dessin est la probité de l’art ».

A travers les œuvres de Patrick Fleurion, le regard reconnaît son hésitation à distinguer le monde des essences aux travers des apparences. Par la délicatesse du trait, par la douceur de la mine de plomb, par la finesse des détails, ses dessins paraissent faillir dans l’évanescence. Son art cultive sciemment les nuances et les contrastes de la charte grise photographique pour donner l’impression d’objets émanant de la lumière. Sa poésie réfléchit la qualité immatérielle du réel. Elle accomplit une forme d’hyperréalisme métaphysique.

Dans l’atmosphère flottante de la mine de plomb, ses dessins communiquent quelque chose de la vérité des corps sous forme d’auras. En synthétisant la représentation des êtres, des objets  et des paysages à leur présence lumineuse, Patrick Fleurion dépasse la capacité du dessin à imiter les apparences. « La probité » de son art doute de la mimesis, de l’illusionnisme, du trompe-l’oeil, chacune de ses créations témoignant de l’imprégnation sensible d’un esprit, d’une conscience, d’une substance, irréductibles parce qu’immanentes du réel. Dès lors, « l’écriture de la lumière » est constitutive de son « coup de crayon », comme une imprégnation primordiale. Elle constitue la profondeur, le supplément d’âme de son regard « précis » (et non « instantané ») porté sur le monde. La logique de son art se met ainsi en place, inspirant la composition intime de ses images, de l’immédiateté de leur perception « photographique » à l’horizon infinie de leur interprétation « graphique », de la surface au fond.

En définitive, le dessin de Patrick Fleurion est comme la chambre noire qui est en nous. Pour cette raison, son art, plus que la virtuosité et l’intelligence dont il témoigne, touche notre sensibilité parce qu’il révèle l’inexprimé. Notre œil appréciant les miracles optiques en les évaluant à l’éternelle référence platonicienne, il précise par l’image une pensée, une idée, un regard qui ne peuvent s’exprimer autrement que par le dessin inspiré.


Régis COTENTIN
Chargé d’exposition contemporaine
Commissaire d’exposition
Palais des Beaux Arts de Lille

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